Souffrance et adaptation (Éditorial du B00907)

SOUFFRANCE ET ADAPTATION

Selon nous,

toute souffrance nait de l'inadéquation, l'inadaptation de l'être au réel.

Inadaptation par incapacité ou (« ou » copulatif) par décision.

Et tout commence à la naissance elle-même :

tant l'accouchement, pour la femme, que la sortie du ventre de la mère pour l'enfant.

Pour l’accouchement, on a développé l’ASD, la sophrologie, la péridurale,…,

Pour l’enfant, la sophrologie (aussi), l’accouchement dans l’eau, etc.

Chaque inadéquation, chaque souffrance peut ainsi être le résultat d’un choix, comme tout accident d’ailleurs (en entreprise, le choix par exemple du niveau de ses directives de protection du personnel ; en matière de circulation : choix du danger —vitesse— ou inattention fatale ; choix des pouvoirs publics en matière de prévention, de signalisation, d'entretien routier...).

Toute prise de risque est un choix !

Accident, comme choix de la personne concernée elle-même, choix de la science dans ses recherches, choix des industries dans ses options de sécurité du personnel, choix des pouvoirs publics d’accepter ou non certains traitements ou soulagement de la douleur,…

Le cas est flagrant pour les populations issues de diasporas : le peuple juif est le plus connu, mais les Roms sont, eux, après les travailleurs migrants, actuellement les plus médiatisés : les populations locales, les pouvoirs publics, se sentent-ils

mis face à un défi à relever (= choix ; ou capacité à s’adapter ?) ou préfèrent-elles refuser de s’adapter

à « l’intrusion » de l’ « autre » dans son univers ?? (= choix ; ou capacité à s’adapter ?)

Il en est évidemment de même des populations migrantes ou itinérantes.

Un cas flagrant est aussi celui de l’enfant éloigné de sa mère de naissance : cet éloignement, vécu comme un abandon, est inexorablement source de souffrances atroces subies par l’enfant. L'enfant n’était-il pas naguère un objet sans psyché, sans capacité de souffrir,… ? Et n’est-il pas encore cet objet transitionnel de nombreux parents adoptifs ? Il subsiste dans l'esprit de nombreux candidats ou parents adoptif, dans l'esprit de nombreuses bonnes âmes travaillant dans le secteur de l'adoption, cette espèce de pensée magique selon laquelle...

« L’enfant adopté ne souffre pas, il ne peut pas souffrir : c'est-à-dire, selon les croyances, que cela serait «inconcevable », soit même interdit… Il doit se contenter de ce qu’il reçoit, et même être heureux ! »

Cela rappelle ce que l'on pensait il naguère sur la capacité des enfants de ressentir la douleur ou les émotions...

Comme si le message de Françoise DOLTO ne leur était jamais entré dans les oreilles...

Un peuple, un groupe humain, une personne, ne peuvent s’adapter

que moyennant trois conditions copulatives (simultanément réalisées) :

1. La décision personnelle ou groupale de s’adapter, c'est-à-dire… d’accepter la souffrance, le deuil du passé, pour qu’il puisse être… dé- passé.

  C'est, au plan individuel, ce qu'on appelle la résilience, comme étant « un processus de lutte contre la rigidité psychologique »[1] –« ou psychorigidité » (ndlr) :

 

 « M. Rutter (2007) identifie la résilience au pôle opposé de la vulnérabilité, sous les effets concurrentiels entre les facteurs de risque et les facteurs de protection. Ainsi apparait la nature dynamique du développement de la résilience, incluant les interactions entre génétique et environnement dans un continuum tout au long du développement de l'enfant, et ce point de vue a fortement influencé les pédopsychiatres : la résilience est définie comme un processus de lutte contre la rigidité psychologique, si bien qu'elle est considérée comme une performance apprise, qui peut s'apprendre à tout âge et qui peut être promue par des soins psychothérapeutiques.»  (je souligne).

2. La décision, les choix du nouveau milieu d’être ou non coopératif, sinon « sollicitateur », de cette adaptation ; soit donc, pour ce milieu, d’avoir fait le choix de s’adapter lui-même de cette nouvelle situation, et donc de faire également son deuil de la situation antérieure.

3. Le temps laissé à chacune des parties de prendre non seulement la 'décision' de clore son deuil, mais aussi de le faire, ce deuil, et de procéder aux étapes nécessaires et en cohérence avec le milieu d’accueil.

Car il y a loin du manche à la cognée, de la marge entre le penser et l'agir.


Mais on perçoit immédiatement les limites de ces trois conditions :

Chacun de ces choix est lui-même sous la tutelle de croyances, d’idéologies qui peuvent être ressenties, «crues » inconciliables.

 

Et revoilà le débat sur les croyances et la psychiatrie ; seraient-elles, finalement, source de tous maux, de tous les conflits ? De beaucoup sans doute.

Pour l’industrie pharmaceutique, cela peut être le fait de croire que des recherches sur telle ou telle pathologie, et leur traitement, ne rapportera pas de profit (les maladies « orphelines »…)

Tiens, « orphelines » ? Ne seraient-ce pas plutôt les malades qui en seraient orphelins, de cet abandon ( = choix !) de recherche de traitement ??

Pierre Roggemans

__________________________

[1] : Ou « psychorigidité » (ndlr).

  cf : Dr Dora KNAUER, Éditorial, in « Psychothérapies ; Enfances et résiliences », 2010, n°3.

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  qui cite : RUTTER M. (2007) : « Resilience, competence and coping. Child Abuse and Neglect », 31 : 205-209.

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